Visite du Mémorial National de la Prison Montluc avec l’association Possible

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La visite du Mémorial National de la Prison Montluc avec l’association Possible

 

Le samedi 26 mars, l’équipe de CCC Média a pu assister à la visite du Mémorial National de la Prison Montluc en collaboration avec l’association Possible, et visiter le quartier des femmes qui est ouvert au public pour la première fois. 

Crédits photos : CCC Média

L’association Possible 

Cette visite du Mémorial de la prison Montluc est en collaboration avec l’association Possible. L’objectif de cette association est de sensibiliser le grand public sur le milieu carcéral et pénal. Par cette sensibilisation entre les associations qui s’occupent de la réinsertion des détenus et le grand public, le but final est de favoriser la réinsertion des détenus.    

Montluc c’est une bonne occasion de montrer le milieu carcéral, car c’est presque impossible de visiter une prison aujourd’hui », Lucas.    

Une prison militaire

Cette prison se compose de plusieurs espaces : le chemin de ronde, le cœur administratif, les bureaux des gardiens, l’espace des parloirs qui est plus contemporain, l’espace des cuisines et le bâtiment cellulaire (cellule, douche, promenade). Montluc a été construite en 1921, et à l’origine, c’était une prison militaire, c’est-à-dire que ce n’était pas les civils mais seulement les hommes de l’armée qui étaient condamnés par le tribunal militaire. Au niveau des cellules, il y avait une différence au niveau des grades : plus on était gradé, plus on avait une meilleure cellule. La prison militaire ferme en 1932. 

Montluc pendant la guerre

La prison ouvre de nouveau ses portes deux mois après la déclaration de guerre en novembre 1939. Ainsi, la prison n’accueille plus seulement des militaires mais aussi des civils. Quelques civils sont jugés par le tribunal militaire notamment pour espionnage. La prison reste française avec des militaires et quelques civils (les résistants). 

Cependant, en 1942, les Allemands arrivent à Lyon et récupèrent la prison le 17 février 1943. La prison est alors gérée par l’armée allemande, contrairement aux prisons Saint-Paul et Saint-Joseph qui restent françaises. La prison, qui a une capacité d’accueil de 127 places, va se retrouver avec les Allemands à avoir 10 000 personnes entre ses murs. A cause du manque de place, on les met dans les caves, les réfectoires, … Il n’y a plus de jugement au tribunal, et il y a très peu de libération, la plupart sont tués. Parmi ces personnes, ce sont surtout des Juifs, des opposants politiques de tout âge, et même des familles entières avec des bébés. 

Après les deux débarquements, Montluc est progressivement libérée. Mais elle est surpeuplée, alors les Allemands procèdent à un énorme massacre et brûlent les corps. Une fois la prison vidée et les preuves effacées, ils retournent en Allemagne. 950 personnes sont libérés à Montluc par les résistants et ce sont les premiers libérés de Lyon.

Montluc après la guerre 

Après la guerre, sont enfermés dans la prison les SS et les collabo français. Il y a encore une fois une surpopulation et les procès durent jusqu’aux années 50’. Ainsi, en novembre 1944, Montluc redevient une prison militaire. Mais en 1947, c’est la suppression des prisons militaires, elle devient donc une prison civile pour hommes où sont enfermés les objecteurs de conscience, les témoins de Jéhovah, les travestis, etc. Les conditions s’améliorent un peu dans les années 50’ avec des séances ciné, le droit à une douche par semaine, mais cela reste dure.   

En 1958, la prison devient mixte jusqu’en 1997. Montluc doit subir des travaux de rénovation, mais étant trop chers, une partie de la prison ferme et de 1997 à 2009, c’est une prison pour femme. 

De 1954 à 1962, la prison sert pendant la guerre d’Algérie. Il y a une forte répression des algériens. Certains prisonniers algériens font des grèves de la faim. De 1958 à 1962, il y a 113 condamnations à mort, 11 personnes sont tuées à Montluc guillotinées. En effet, depuis 1955, la prison accueille le quartier des condamnés à mort : la première exécution à lieu en 1958 et la dernière en 1966.

 

Le bâtiment cellulaire

Au premier étage de ce bâtiment cellulaire, c’est l’étage des condamnés à mort. Il y a un rez-de-chaussée et 2 étages. Il y a eu 12 couches de peinture depuis la guerre. Dans chaque cellule de 4 m carré, il y a un lit, une paillasse, une carafe d’eau, un bol pour la soupe, une tablette en ciment contre le mur et il n’y a pas de toilettes. 

En 1943, un prisonnier s’échappe, André de Vigny, grâce à son lit. Les Allemands décident donc de retirer tous les lits. Les conditions se dégradent avec l’arrivée allemande. Pendant la guerre, il pouvait y avoir jusqu’à 8 à 10 personnes par cellule de 4 m carré. En plus du problème de places, il y a aussi des problèmes d’hygiène, de maladies et d’insectes (poux, punaise). Les enfants sont séparés de leurs parents qui restent à Montluc pendant qu’ils iront à l’hôpital de l’Antiquaille à la Croix-Rousse. Mais très souvent, ils finissent par rejoindre leurs parents à Perrache pour être déportés. 

Il y a également la baraque aux Juifs (enlevée aujourd’hui). C’est une immense baraque où l’on enfermait les Juifs et ils n’avaient pas le droit d’en sortir. C’était donc de l’enfermement dans l’enfermement. 

Au 2ème étage du bâtiment cellulaire, Klaus Barbie a été enfermé dans une des cellules pendant une semaine. A cause du risque trop grand d’attentats, il est transféré à Saint-Joseph jusqu’à son procès. Il est le premier homme jugé en France pour crimes contre l’humanité, on lui reproche notamment la rafle des enfants de la colonie d’Izieu. Jean Moulin a également été enfermé à Montluc en juin 1943 dans une cellule du 2ème étage. 

Le chauffage apparaît dans la prison dans les années 60’. Il fait très froid l’hiver et très chaud l’été à cause de la verrière. Les prisonniers communiquent en morse dans les cellules, et nous retrouvons des graffitis sur les portes. 

Le quartier des femmes   

Depuis 1997, le quartier des femmes peut accueillir une trentaine de places. Mais dans les années 2000’ il y a eu une surpopulation jusqu’à 90 personnes. C’est une maison d’arrêt pour femme, donc elle accueille les peines de courte durée ou les personnes en attente de procès. 

Il y a une pièce d’isolement. Il y a aussi très peu d’intimité. Il y a des ateliers pressing et couture, on essaye d’amener de la culture : les femmes ont peint sur les murs de la cour. La chanteuse Barbara est venue donner un concert pour ces femmes. Elle en a été bouleversée et leur a écrit une chanson : Rêveuse de parloir.

Il y a un espace nursery de 1988 à 2009. Ainsi, les femmes pouvaient garder leur bébé jusqu’à l’âge de 18 mois, et il y avait aussi un espace relais famille pour qu’elles puissent recevoir en visite leurs enfants plus âgés. 

En 2009, Montluc, Saint-Paul et Saint-Joseph ferment définitivement et on ouvre la prison de Corbas à l’extérieur de Lyon.  

Actualités 

N’hésitez pas à suivre l’actualité de l’association Possible sur leur site internet. Le 11 mai prochain, ils organisent un nouvel événement “Et si on allait voir un procès ?” de 13h30 à 17h00 au Tribunal Judiciaire de Lyon dans le 3ème arrondissement où vous pouvez assister aux audiences avec l’association et avoir toutes les explications nécessaires ! 

Si vous voulez visiter le Mémorial, il est ouvert aux individuels du mercredi au samedi de 14h00 à 17h30. Une visite guidée gratuite et sans réservation est proposée à 15h30. L’accès au mémorial en visite libre et les visites guidées sont gratuites. 

Le 07 mai, il y a la visite guidée de l’exposition “Train 14 166”. Venez découvrir l’exposition temporaire 2021-2022 du mémorial consacrée au convoi du 11 août 1944. Visite de 10h30 à 12h00 uniquement sur réservation. 

Le 27 mai, il y a la cérémonie de la journée nationale de la résistance.

 

Manon, rédactrice chez CCC Média

 

 

 

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